Terrenoire (Marie-Odile)
Voyage intime au milieu de mémoires à vif
Le 17 octobre 1961
ISBN 978-2-86222-094-9 | 14 x 21 cm | 126 p. N/B   16 €
à paraître 1er octobre 2017

« Les historiens ont longtemps considéré comme une “énigme” la violence de la répression d’octobre 1961. Pierre Vidal-Naquet, en 2000, la plaçait “parmi les énigmes les plus étranges que pose à l’historien et à l’honnête homme la guerre d’Algérie”. Il pointait que c’est justement, après l’ouverture, le 20 mai 1961, des négociations d’Évian entre le gouvernement français et le FLN, quand chacun savait que la guerre allait se terminer par l’indépendance de l’Algérie, que cette guerre “atteint à Paris son pic de violence”.
[…] Mais, en 2017, les notes de Louis Terrenoire, l’un des ministres qui soutenaient totalement la politique du général de Gaulle pour la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie, publiées dans un ouvrage émouvant de sa fille, Marie-Odile Terrenoire, Voyage intime au milieu de mémoires à vif. Le 17 octobre 1961, confirment ces présomptions, et, on peut le dire, délivrent, pour de bon, la clé de cette énigme.
[…] Quand le premier ministre obtient son remplacement par Bernard Chenot, Louis Terrenoire écrit qu’Edmond Michelet a été “limogé” et remplacé par quelqu’un qui prendrait, selon les vœux de Michel Debré, “le contre-pied des positions d’Edmond Michelet”. Une fois ce départ obtenu, la répression extrajudiciaire et les violences orchestrées par Maurice Papon ont pu, dès le début de septembre 1961, se donner libre cours, avec une censure croissante de l’information et l’assurance que les plaintes déposées par des Algériens seraient enterrées.
[…] Marie-Odile Terrenoire raconte dans son livre que, quand elle a entendu, en 2011, qualifier cette répression de “crime d’Etat”, sachant que son père était alors ministre et ayant une haute idée de son anticolonialisme, elle en a été profondément choquée. Elle se souvenait, par exemple, avoir constaté l’amitié de Louis Terrenoire, au lendemain de la guerre d’Algérie, avec une journaliste de Révolution africaine, organe du FLN, ainsi qu’avec Denise Barrat, la femme de Robert Barrat, le journaliste et militant catholique auteur des premiers reportages sur les maquis de l’ALN. Pour en savoir plus, elle s’est lancée dans la lecture d’ouvrages sur le 17 octobre, dont ceux de Jean-Luc Einaudi qu’elle a trouvé honnêtes et scrupuleux. Elle relève notamment qu’il avait recueilli les témoignages de Joseph Rovan et Gaston Gosselin, les deux membres du cabinet d’Edmond Michelet dont Michel Debré avait exigé le départ avant même d’avoir obtenu celui du ministre. D’autres travaux lui ont semblé plus contestables car ils envisagent, sans aucune preuve ni indice, une volonté de répression émanant du chef de l’Etat dont on ne trouve aucune trace dans les écrits laissés par son père. Ceux-ci reviennent à de nombreuses reprises, en revanche, sur la coupure au sein du gouvernement entre ceux qui soutenaient la volonté du Général de reconnaître l’indépendance de l’Algérie et ceux qui étaient en désaccord avec lui. Il en ressort que la répression de septembre et octobre 1961 contre l’immigration algérienne ne relevait en rien d’une volonté du chef de l’Etat, préoccupé, comme le GPRA, à mener à terme les négociations. Il était, au contraire, à la recherche d’une forme de réconciliation avec les nationalistes algériens, de l’établissement de rapports de confiance avec eux, pour construire ensemble la transition la plus pacifique possible vers une indépendance algérienne compatible avec de bonnes relations future avec la France.
La terrible répression contre des civils de septembre et octobre 1961 résulte bien d’une tentative de peser indirectement sur l’issue de la guerre en empêchant l’issue voulue par le chef de l’Etat. »
Gilles Manceron, « Du nouveau sur le 17 octobre 1961 », Le Club de Mediapart, 16 octobre 2017.